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Conférence de Bernard Stiegler : création et tradition |
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Durée totale du document : 02:32:01Interprète(s) : Bernard StieglerDocument N° : CCV000024Enregistrement
Lieu de l'enquête : PignaAnnée : 2009Date : 2009-06-05Informateur(s) : Bernard StieglerAuteur : Auditorium di PignaPersonne morale : Centru Culturale VoceLangue(s) : françaisDescription et Commentaires
Commentaire sur la langue : Néant.Résumé de l'enquête :
Conférence inaugurale de Bernard Stiegler pour l'ouverture du séminaire intitulé « Création et tradition » dans le cadre d'une session de formation destinée aux enseignants des écoles nationales de musique et organisée par le CNFPT de Corse (Centre National de la Fonction Publique Territoriale).
A la demande de Bernard Stiegler, une rectification doit être apportée au chiffre donné pour la vitesse de libération d'un corps quittant la surface de la terre. Cette vitesse est d'environ 40000 km/h et non de 48000 km/h. (vers 01 :20 :00).
IntroductionDe 00:00:54 à 00:05:00 Chapitre I : Définitions Définition du terme « Création » : « Ce qui nous vient du futur comme étant l'improbable absolu » C'est du nouveau radical. Question du déterminisme (le futur passe par le passé) : différent de la notion de Création ; « Ce n'est pas un possible qui est contenu dans le passé mais quelque chose de complètement improbable, quelque chose qui est de l'ordre du « miracle » (de mire : voir). Création / Tradition : « C'est ce qui vient d'un futur improbable et qui surgit dans le présent, qui se présente au nom du futur tandis que la tradition c'est l'ancien, ce n'est pas le nouveau qui venu du passé peut être tout aussi improbable et qui surgit dans le présent, parce que quand on dit la tradition elle est là dans le présent. Mais elle surgit d'un passé peut-être très improbable et tout à coup il y a une rencontre. Il va y avoir une rencontre entre la création, c'est-à-dire une improbabilité radicale du futur et la tradition, c'est-à-dire une improbabilité radicale du passé ». De 00:05:00 à 00:11:04 Chapitre II : La trame du temps Jusqu'à présent ce qui est décrit c'est le temps. La trame sur laquelle la question de la création et de la tradition peut se poser, c'est la trame du temps. Définition du temps : ce n'est pas la définition de Maxwell avec la question du géocentrisme et de l'héliocentrisme. « Le temps passe mais il ne passe pas toujours de la même manière ». Le temps qui ne passe pas à un nom en psychiatrie ou en psychanalyse : la mélancolie. Ce n'est pas un sentiment mais une maladie. Les mélancoliques sont ceux qui ne peuvent vivre dans le présent et encore moins dans le futur. Ils sont enfermés dans le passé. Donc la tradition peut susciter de la mélancolie et c'est pour ça qu'il faut faire attention à la tradition, c'est dangereux, comme tout ce qui est important. Donc, la question de la tradition et de la modernité s'inscrit sur la trame du temps mais d'un temps qui passe de manière singulière sinon on ne parlerait pas de création. Temps qui passe de telle manière qu'il fait surgir dans le présent, l'improbabilité du futur depuis l'improbabilité du passé c'est-à-dire qu'il s'agit de quelque chose de totalement imprévisible, magnifique, miraculeux, sans aucune connotation religieuse. Définition du terme « miraculeux » : ça a quelque chose de mystérieux mais rien de surnaturel. Exemple de l'apparition de la vie sur terre Tradition/Création : la tradition est quelque chose à protéger, un enseignement, une sagesse. La création : « il y a peut-être la condition pour hériter de cet enseignement, pour le recevoir, le léguer, le transformer, car cet enseignement doit être transformé, il ne peut être répété ça serait trop facile ». Question de la trahison de la tradition par la création. Notre issue est celle de notre capacité à penser l'improbable et la création c'est l'expérience de l'improbable. Exemple de la musique. Bernard Stiegler revient sur la trame du temps. Référence au philosophe Husserl : La tradition : passé. Concept de rétention, c'est-à-dire ce que l'on retient, la culture. La rétention culturelle produit une tradition : ce qui se transmet, ce qui transite, ce qui traverse les générations et avec les générations, le temps. La création : avenir, futur. Concept de protention. La protention c'est ce qui est anticipé, attendu au sens où ça produit de l'attention. Rétention et protention produisent de l'attention. Tradition et création c'est ce qui se rencontre dans le présent sous la forme d'une attention parce qu'en fait la tradition c'est de la rétention, la création c'est de la protention et tout cela produit de l'attention quand ça marche de manière improbable. L'attention ou concentration nous permet d'être plus attentif au monde donc plus attentionnés au monde nous sommes plus civilisés. Comme nous sommes des êtres essentiellement débiles, l'attention permet de reconstruire quelque chose. De 00:11:04 à 00:26:32 Chapitre III : Société chamanique / société pastorale La question de la tradition à travers les différentes époques historiques ou protohistoriques ou préhistoriques se transforme. Société chamanique / Société pastorale : Le rapport entre tradition et création n'est pas le même. Le chamane est une figure spirituelle du monde des chasseurs-cueilleurs. Chez les pasteurs pas de chamane. Le chamane articule la tradition avec la création. Exemple de la grotte Chauvet. A partir de la société pastorale ce rapport à la création devient un rapport au créateur (contrairement à la société chamanique où il n'y a pas de créateur mais des esprits, des forces surnaturelles). Le créateur dans la société pastorale c'est celui qui parle au nom de la création : Dieu le père. Au même moment que la société abrahamique apparaît une autre histoire : l'histoire grecque. Question de la tradition écrite. (00:32:20) Les sociétés traditionnelles se différencient de celles qui ne le sont pas. Les sociétés traditionnelles se caractérisent par des cultures orales non affectées par l'écriture. L'histoire naît avec les grecs. Qu'est-ce que c'est que l'histoire : tout à coup une collectivité se crée en permanence et entre en conflit avec sa tradition. Ca ne veut pas dire qu'elle veut la détruire mais il y a un rapport de conflit. Ce n'est pas un hasard si c'est en Grèce qu'apparaît la figure d'Œdipe. Le rapport entre tradition et création chez les grecs ressemble énormément au rapport entre le père et le fils. Référence à l'historien Dods : La Grèce c'est tout à coup le surgissement de la jeunesse qui renverse la gérontocratie. C'est le pouvoir de la tradition des rois grecs qui est renversé par les citoyens, c'est-à-dire par les jeunes citoyens. Nouvelle organisation qui devient historique. Différentes époques du rapport entre tradition et création : époque chamanique, époque abrahamique, époque grecque. Puis il y a l'époque moderne, celle dont nous venons. Raison et rationalité sont les points de rencontre entre tradition et création. La modernité inscrit le rapport tradition et création dans un rapport conflictuel. Avec les grecs, l'écriture rend possible un rapport à la loi qui est un rapport critique. La loi devient écrite et la critique de la tradition devient indispensable par ceux qui en sont les légataires. Cette relation critique est produite par une crise, de crisis, décision, prise de décision. En Grèce, la prise de décision se fait par l'écriture car elle permet la critique. De 00:26:32 à 00:39:13 Chapitre IV : L'écriture permet la critique Pourquoi est-ce que l'écriture permet la critique ? Le temps est un temps complexe. Chacun entend quelque chose de différent car on entend les choses à partir de notre mémoire, de notre expérience passée. Nous reconstruisons en permanence ce que nous éprouvons. « Les grandes œuvres créatrices font cracher notre singularité ». La tradition est le miroir de la création et réciproquement. Mais, cet agencement est surdéterminé par un autre type d'agencement : l'agencement de la grammatisation. Le temps de la parole devient l'espace du texte par la transcription de ce qui est dit. La critique devient possible à partir du moment où c'est écrit car à l'oral, chacun retient des choses différentes selon ce qu'il a vécu. C'est ce qui se passe lorsque Guido d'Arezzo invente une nouvelle technique de grammatisation de la technique. (Moine chanteur du XIe siècle : chant grégorien). Il reprend la tradition ancienne de notation des lignes mélodiques des chants grégoriens. C'est un système que l'on appelle les « neumes ». Mais il invente quelque chose : la notation « diastématique » c'est-à-dire la portée. Il met au point cette technique de notation de la musique, du chant sacré, dans un but très précis : transmettre la tradition pour qu'elle ne bouge plus. Notion de fidélité de la transmission. Au fur et à mesure que le système se perfectionne, le musicien ne travaille plus à l'instrument mais au lutrin, donc « il ne travaille plus dans le temps de la musique mais dans l'espace de la musique qui se pense et qui se critique ». Parce que l'écriture permet la critique de la tradition, cette musique évolue, elle devient une musique savante. Référence au travail de Pierre Boulez sur cette époque). Définition de la Grammatisation : référence au philosophe Sylvain Auroux, historien et épistémologue des sciences du langage. Etudes faites sur les traces écrites laissées par les grecs (grammatisation). Les grecs ont transformé les paroles en lettres. Le rapport à la tradition qui est un rapport de critique rendu possible par l'écriture en tant qu'elle permet la grammatisation de l'indéfinie variété du langage. Le temps est transformé en espace. Un texte est transmis de manière identique dans un endroit ou un autre mais ce même texte va être interprété de manières différentes : cela donne l'histoire. De 00:39:13 à 00:54:45 Chapitre V : La grammatisation Pourquoi la grammatisation ? Le rapport entre la tradition et la modernité comme une façon de comprendre la création : celle de Dieu. Cette relation passe par des mutations techniques. La mutation technique c'est ce qui permet de mettre sous une forme externe ce qui était à l'intérieur. Du temporel au spatial, de l'oral à l'écrit, du sensible et auditif à l'intellectuel et à l'écrit. Référence à la chorale des confrères de Speloncato. Référence à Béla Bartók qui parle de la radio en 1936. Les conditions objectives selon lui pour écouter de la musique : on peut écouter un concert à la radio mais il faut avoir la partition sous les yeux sinon ce n'est pas intéressant. (Contrairement à la tradition acousmatique de Pierre Schaeffer). Pour Bartók, le fondateur de la musicologie s'appelle Thomas Edison. (Référence au travail de transcription de la musique tzigane à partir du phonographe). Référence à Charles Parker dit Bird qui au même moment s'achète un phonographe avec des disques de Lester Young qu'il étudie en les ralentissant pour décomposer la musique (même chose que Bartók). Bartók qui lui est dans la tradition écrite, la musique savante, Parker transforme cela en jazz moderne. Il y a dans ce rapport entre tradition et création, la question de la variabilité du rapport qui est induite par la transformation des techniques de grammatisation qui permettent cette transmission. Ces techniques sont complexes, pour bien les étudier, il faut faire de l'organologie générale. De 00:54:45 à 01:13:57 Chapitre VI : L'organologie générale Qu'est-ce que l'organologie générale ? Développée à l'IRCAM par Bernard Stiegler en parlant d'organologie élargie. L'IRCAM est un lieu où l'on conçoit des logiciels qui sont des instruments d'écriture. Il y a aussi des instruments d'écoute pour consommer de la musique mais aussi pour en faire. Il fallait élargir ce concept d'organologie et réfléchir à l'instrumentarium de l'auditeur. L'histoire de l'organologie est une histoire de transformation constante qui se joue sur trois plans : - Les organes physiques - Les organes techniques - Les organes sociaux De 01:13:57 à 01:25:40 Chapitre VII : L'adoption de la tradition Comment adopte-t-on la tradition ? Références à Pasolini et l'Evangile selon Saint Mathieu. Joseph adopte le Christ, Moïse est celui dont l'origine est incertaine et qui a été adopté par Abraham et pour le Coran, la seule filiation qui vaille est celle du lait : ce qui fait d'un fils un fils, c'est qu'il a été adopté par son père. Un père, c'est celui qui adopte et un enfant c'est celui qui est adopté, qui est voulu comme un enfant. Nous vivons dans l'adoption et c'est ce que Jésus manifeste. Cette adoption est toujours celle d'une trahison. « Voilà comment naît le christianisme selon Saint Mathieu, passant par Pasolini et Stiegler ». De 01:25:40 à 01:30:08 DEBAT Toni Casalonga introduit un débat et donne la parole à François Vigneron. De 01:30:08 à 01:33:37 Question de Jérôme Casalonga à Bernard Stiegler : préciser la différence entre déterminisme et création. Réponse de Bernard Stiegler. Question du déterminisme strict. Définition du génie (ce qui engendre, qui est capable de produire du nouveau, qui est géniteur en tant qu'il produit du singulier). Problème de la liberté et référence à la mythologie (Titans contre Olympiens). Les grandes figures qui représentent la condition humaine sont toujours des figures du handicap. Les humains sont ceux qui se soucient de leur finitude, de leur mort. Donc ce sont ceux qui se soucient de la tradition, de la transmission. Contrairement à des êtres sauvages, nous sommes libres, nous ne sommes pas déterminés. Référence aux fourmis et à comment chacune adopte son rôle. Il n'y a pas de déterminisme, de détermination, par contre il y a des contraintes, des héritages. On ne crée pas sans hériter. Un créateur est un légataire, autrement dit, il est cultivé. (Références au rap, à Charlie Parker et à la musique de manière générale). Rapport conflictuel d'identification. Définition de l'identification. Identification primaire et secondaire. De 01:33:37 à 01:58:20 Autre question. Référence au film Séraphine de Martin Provost. C'est une femme peintre qui n'a aucun héritage. Qu'elle est le processus de création dans ce cas-là ? Réponse de Bernard Stiegler. Aujourd'hui nous nous trouvons dans une situation particulière, nous sommes des déshérités. Nous ne léguons rien à nos enfants et rien à nous-mêmes. Nous avons laissé tout le symbolique être absorbé et détruit par l'économie. Nous avons transformé le symbolique en instrument de contrôle. Tout cela est né au Etats-Unis : technique de contrôle comportemental qui s'est développé au XXe siècle à travers les industries culturelles pour produire un phénomène d'identification collective. Question de la terre d'immigration. Comment on continue à créer quand on a plus d'héritage ou plus exactement quand on a plus accès à l'héritage ? C'est l'accès à cet héritage qui est totalement perverti par une exploitation exclusivement commerciale de cet héritage et qui du coup fait qu'on ne peut le léguer. Référence au philosophe Gilbert Simondon et au milieu « pré-individuel » (c'est-à-dire la tradition, l'héritage). Jusqu'à la fin du XIXe siècle, on n'écoutait pas la musique passivement. En principe, on ne reçoit pas sans retransmettre. L'organologie du XXe siècle a cassé les processus de transmission mais en même temps elle en a inventés d'autres. Références à Charlie Parker et à Billie Holiday. Un artiste est là pour mettre en écho ce que vit tout le monde, la banalité. Références à l'art « modeste », à l' « art brut », Dubuffet, à l' « Arte povera ». Aujourd'hui, il n'y a plus de sublimation, tous les dispositifs de sublimation ont été détruits par le marketing. On sublime seul, isolément. On essaye de créer de l'émotion sublime avec rien. De 01:58:20 à 02:15:42 Remarque sur Art Tatum. Grand organologue selon Stiegler. Référence à Pierre Schaeffer. Intervention de Nando Acquaviva sur la question de l'accident musical durant la répétition, parfois même de l'erreur car la musique n'est pas reproduite parfaitement, il y a déjà un processus de création. Référence à Edgard Morin. Bernard Stiegler poursuit sur les notions de défaut et d'erreur. Il n'y a que des défauts qui deviennent ce qu'il faut. Le défaut doit être sublimé. Question de l'improvisation. Référence à l'improvisation aux échecs. Référence à Platon sur l'ambroisie. Référence à Sigmund Freud : la sublimation c'est ce qui permet de transformer la pulsion en désir (qui a donc une valeur miraculeuse, improbable, inconcevable). De 02:15:42 à 02:27:50 Remerciements et explications sur le déroulement du stage par Toni Casalonga et François Vigneron. De 02:27:50 à 02:32:01 FIN DE L'ENREGISTREMENT. Sarah Mallet Original
N° Inventaire : TC001Magneto : NAMicro : NAStéréo : ouiTranscription intégrale : OuiDurée (hh:mm:ss) : 02:32:01Vitesse : NACopie
Dossier archive : NumBackup : Studio 2Original : MédiathèqueLieu de dépôt : Pigna |
| Ajouté le: 2010-07-01 17:59:42 Vues: 56 |
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